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Van de Velde, trois coups d'avance : la faute qui coûte n'est jamais la première

Trois coups d'avance, le droit d'en perdre deux, et un 7 sur la carte : ce qui a coûté l'Open à Jean van de Velde n'est pas son premier mauvais coup.

Carnoustie, Écosse, dimanche 18 juillet 1999. Dernier trou de l'Open britannique, le plus vieux tournoi de golf du monde.

Jean van de Velde arrive sur le départ avec trois coups d'avance. Il est français, il a 33 ans, il est 152e mondial. Le trou est un par 4 : la carte en demande quatre, il peut en jouer six et gagner quand même. Il a de la marge partout.

Il sort le driver, le club qui envoie le plus loin et le moins droit.

La balle part à droite. Très à droite : par-dessus l'eau, jusque sur le trou d'à côté. Ce n'est pas grave. De là, deux petits coups tranquilles et son 6 est dans la poche.

Il sort un fer 2 et vise le green, au lieu de remettre la balle dans le couloir de jeu.

La balle percute la tribune installée près du green et repart en arrière. Quarante-cinq mètres en arrière, dans des herbes qui montent au genou.

Troisième coup : le club s'accroche dans l'herbe. La balle finit dans le ruisseau qui traverse le trou.

Les caméras le filment en train d'enlever ses chaussures, ses chaussettes, de remonter son pantalon et d'entrer dans l'eau. Il en ressort sans avoir joué. Un coup de pénalité. Puis la fosse de sable au bord du green, et la sortie. Il rentre la balle de moins de deux mètres. Sept coups sur un trou qui en demande quatre.

Barrage à trois sur les quatre derniers trous. Paul Lawrie, qui avait commencé la journée à dix coups du leader, le gagne de trois coups.

Ce n'est pas le premier coup qui a coûté l'Open

Reprends la séquence, mais en comptant.

Le driver à droite : coût réel, zéro. Trois coups d'avance avant, trois coups d'avance après. Il peut toujours en jouer six.

Le fer 2 : là, ça devient cher. La balle est dans l'herbe haute, à une soixantaine de mètres du green. Mais il a joué deux coups, et il lui en reste quatre pour gagner. Quatre coups pour soixante mètres.

Le troisième, dans le ruisseau : le tournoi est parti.

Une faute isolée ne coûte presque jamais un match. Ce qui coûte, c'est la deuxième, celle qui se décide quelques secondes plus tard, pour effacer la première. Puis la troisième, qui essaie de rattraper la deuxième.

Ça porte un nom simple : la cascade.

Et ça se compte. Craig O'Shannessy, qui décortique les matchs de tennis point par point, a posé le chiffre : de 1991 à 2016, le numéro un mondial a gagné en moyenne 55 % des points qu'il jouait dans la saison. Presque un point sur deux part de l'autre côté. Si gagner voulait dire ne pas rater, personne ne gagnerait jamais rien.

Trois coups d'avance, dix-huit ans plus tard

Royal Birkdale, Angleterre, dimanche 23 juillet 2017. Même tournoi, même trophée.

Jordan Spieth a commencé la dernière journée avec trois coups d'avance, exactement comme van de Velde. Au treizième trou, il ne les a plus : Matt Kuchar l'a rejoint.

Son coup de départ part à quatre-vingt-dix mètres à droite du couloir de jeu, par-dessus les dunes. La balle touche un spectateur, rebondit de l'autre côté, et s'arrête au pied d'une dune, dans une herbe épaisse.

Injouable. Il prend un coup de pénalité et recule en ligne droite, aussi loin qu'il le veut. La ligne le mène jusqu'au terrain d'entraînement du club, au milieu des camions de matériel garés là.

Il y passe plus de vingt minutes. Son caddie monte sur la dune pour voir le green et lui donner la ligne. Ils discutent la distance. Il joue son troisième coup depuis les camions, un fer 3, jusqu'au bord du green. De là, deux coups pour finir.

Il perd un coup sur le trou. Un seul.

Sur les quatre trous suivants, il en reprend cinq au parcours, dont une balle rentrée d'une quinzaine de mètres au quinzième. Il gagne l'Open de trois coups.

Même tournoi, même avance de trois coups, un coup de départ encore pire. La différence n'est pas dans le coup. Elle est dans les vingt minutes qui ont suivi, et dans les quatre trous d'après.

Vingt-cinq secondes pour faire le compte

Vingt minutes entre deux camions, c'est un luxe de golfeur. Au tennis, depuis 2018, une horloge affiche l'intervalle sur le court : vingt-cinq secondes entre la fin d'un point et le service suivant. C'est tout ce dont dispose quelqu'un qui vient de rater.

Vingt-cinq secondes, c'est court pour se calmer. C'est large pour faire une addition.

Elle tient en trois nombres, et les trois sont sur le tableau d'affichage, pas dans la tête. Ce que tu avais avant. Ce que ce raté vient de te prendre. Ce qu'il te reste.

Le troisième est celui qu'on saute. C'est pourtant lui qui choisit le coup suivant : jouer avec quatre coups en main et jouer avec zéro, ce n'est pas le même coup.

Ce que montrent les images de Birkdale ressemble à cette opération-là, en version longue : monter sur la dune, redescendre, discuter la distance, sortir le fer 3. Sur un court, tu as vingt-cinq secondes pour la même chose.

Le reste, c'est de la répétition. À l'entraînement, sur de vraies fautes, pas sur des fautes imaginaires. Une balle ratée en séance n'est pas une balle perdue : c'est une répétition offerte.

Ce que dit vraiment la carte

Sur la feuille de score de van de Velde, il y a un 7 au dernier trou. Un seul chiffre. Ça ressemble à un homme qui s'écroule d'un coup, sous les yeux du monde entier.

Ce n'est pas un chiffre. C'est une addition. Sept coups, et entre chacun d'eux quelques secondes, parfois quelques minutes, pendant lesquelles quelque chose se décidait. Le premier de ces intervalles ne lui a rien coûté. Les suivants ont coûté l'Open.

Tu ne peux pas t'entraîner à ne pas rater. Tu peux t'entraîner à ces quelques secondes, la seule partie du match dont tu es sûr qu'elle reviendra.