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Deux tirs, vingt battements d'écart : ce qu'une biathlète sait de ta pression

Une biathlète tire deux fois dans la même course, à quelques minutes d'écart. Son cœur n'a pas besoin d'être au même endroit pour les deux : vingt battements les séparent.

Une biathlète arrive au pas de tir. Elle vient de skier à fond : sur la piste, son cœur tourne autour de 90 % de son maximum. À la seconde où elle s'arrête, il est encore à 85-87 %.

Cinq cibles l'attendent, à cinquante mètres. Couchée, elles font 45 millimètres de diamètre, une balle de golf. Debout, 115.

Deux chercheurs ont branché des cardiofréquencemètres sur des biathlètes américains de haut niveau, en pleine compétition, pour voir ce qui se passe dans les dernières secondes. Sur les cinquante à soixante secondes d'approche, son pouls descend de dix à douze battements. Dix. Pas soixante. Et le point le plus bas qu'elle atteigne au pas de tir reste entre 61 et 73 % de son maximum.

Elle tire avec la poitrine qui cogne. Ce n'est pas un accident de parcours : c'est l'endroit où le tir se fait.

Sara Studebaker-Hall a couru le biathlon pour les États-Unis à deux Jeux olympiques, Vancouver en 2010 et Sotchi en 2014. Dans un entretien à Popular Science, le 12 février 2018, elle a décrit non pas une échelle, mais trois régimes. Très haut, ça bat si vite qu'on ne distingue plus les coups. Au repos, on ne les sent pas non plus. Et entre les deux, juste au-dessus de la normale, une bande où chaque battement se perçoit un par un, et se transmet à la main posée sur la crosse. Elle a désigné cette bande comme celle où il ne faut pas redescendre, et l'a rattachée à la vitesse de tir : vingt à vingt-cinq secondes au pas de tir pour les meilleurs mondiaux.

Ce n'est donc pas une échelle où plus bas vaudrait mieux. Il y a une bande à éviter, et elle se trouve en dessous du niveau où elle tire.

Couchée, debout : deux niveaux dans la même course

Dans la même course, la même athlète tire deux fois. Une fois couchée. Une fois debout.

Couchée, elle vise une balle de golf. Debout, une cible deux fois et demie plus large.

Et son cœur n'est pas au même endroit. Le point le plus bas atteint au tir couché est environ vingt battements sous celui du tir debout. Les auteurs de l'étude l'expliquent par deux choses : en position couchée, elle reste plus longtemps au pas de tir, et une fois allongée, le pouls redescend plus vite.

Vingt battements. Chez la même personne, le même jour, dans la même course.

Aucun des deux n'est le calme : les deux restent au moins à 61 % de son maximum. Mais ce ne sont pas le même niveau. Il n'existe pas de version d'elle qui serait à la bonne pression pour toute la course.

Deux positions, deux marges d'erreur, deux niveaux. Une seule course, à quelques minutes d'écart.

Ta zone n'est pas la mienne

Voilà la partie qui change tout, et qu'aucun graphique ne montre.

Ce niveau n'est pas le même pour toi et pour ton voisin de vestiaire. Juri Hanin a passé près de quarante ans à le mesurer dans le sport de haut niveau, athlète par athlète, au lieu de faire des moyennes de groupe. En rassemblant quarante et une mesures portant sur 3 175 sportifs, lui et un collègue ont trouvé un écart net : ceux qui abordent l'épreuve dans leur zone font mieux que ceux qui en sont sortis. Mais la zone de l'un est le débordement de l'autre.

Regarde un vestiaire dix minutes avant. C'est exactement ce que tu vois. Casque sur les oreilles et cris dans le couloir d'un côté, silence et regard dans le vide de l'autre. Les deux ont raison.

Et ce n'est même pas stable à l'intérieur d'un seul match. Le service n'est pas le retour. Le coup de pistolet du 100 mètres n'est pas le dernier virage du 400. Le combat d'équipe n'est pas la phase de farm. Le même joueur monte et redescend trois fois dans la même heure, comme la biathlète entre son tir couché et son tir debout.

Du coup, le mot « pression » ne veut pas dire grand-chose tant que tu n'as pas répondu à deux questions. La mienne, elle est où en ce moment ? Et pour ce que j'ai à faire dans les vingt prochaines secondes, elle devrait être où ?

Situer, pas faire baisser

Parfois, la réponse est bien de descendre. Le tir couché emmène la biathlète vingt battements plus bas que le tir debout, et pour cette cible-là, c'est juste. Le calme est un niveau comme un autre. Il lui arrive d'être exactement le bon.

Ce qui ne marche pas, c'est de le viser par défaut. Les mains qui tremblent, le ventre serré, le cœur qui monte : dans la fenêtre d'un match, c'est le corps qui se met en route. Ça monte avant, ça redescend après. Le faire taire sans savoir où on en est, c'est comme déplacer un curseur les yeux fermés.

Cette lecture a une limite, et elle compte autant que le reste. Si ça ne redescend pas, si c'est encore là le lendemain, si ça t'empêche de dormir toute la semaine, si ça t'attrape loin du terrain, si c'est de la peur et plus du trac, on ne parle plus de niveau d'activation, et ça ne se règle pas dans un article. Là, tu en parles autour de toi, à quelqu'un de qualifié.

Le reste du temps, il n'y a pas de bon chiffre à atteindre. Il y a un endroit où tu es, un endroit où il faudrait être, et un sens à pousser. Parfois vers le bas. Souvent vers le haut.

Ce qui fait rater n'est presque jamais la pression. C'est de ne pas savoir à quel niveau on est, ni à quel niveau les vingt secondes qui viennent auraient besoin qu'on soit.